Le marché de l’emploi dans l’industrie : état des lieux 2018

Le marché de l’emploi dans l’industrie : état des lieux 2018

Dans le cadre de sa série de contenus sur l'emploi dans l'industrie, Clustree a rencontré Vladimir Passeron, chef du département de l’emploi et des revenus d’activité à l’INSEE (Institut national des statistiques et des études économiques), pour répondre à une question cruciale : comment le marché de l'emploi industriel se porte-t-il ?

Comment l’activité industrielle se porte-t-elle ?

Vladimir Passeron : Depuis 2016, la production industrielle a retrouvé de la vigueur (+1,6% en 2016 et +1,9% en 2017). Ce dynamisme a lui même conduit à une création nette d’emplois en 2017. Il faut garder en tête que l’industrie, plus que les autres secteurs, dépend la conjoncture mondiale via les exportations de biens. En 2017, l’industrie a pleinement bénéficié du regain de dynamisme des exportations.

En 2017, l’industrie manufacturière a recréé de l’emploi (+0,2%), une première depuis 17 ans. Comment l’expliquez-vous ?

Vladimir Passeron : L’emploi industriel était sur une tendance baissière depuis des années. 2017 est en effet la première année de création nette d’emploi depuis 2000. En plus du regain de production, l’industrie a bénéficié comme les autres secteurs des politiques de baisse du coût du travail comme le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), le PRS (pacte de responsabilité et de solidarité) et la prime à l’embauche dans les PME, dispositifs qui ont enrichi la croissance en emplois.

Cette tendance se confirme-t-elle en 2018 ?

Vladimir Passeron : Le premier trimestre 2018 a montré une inflexion à la baisse. En juin dernier, nous avons prévu 6000 emplois de moins dans l’industrie (hors intérim) sur l’année 2018. Cela s’explique par une production attendue moins allante, comme pour la croissance globale de l’économie (+2,3 % en 2017 contre +1,7 % en 2018) mais aussi par l’arrêt de la prime à l’embauche depuis mi-2017.

Quel est le visage de l’emploi dans l’industrie ?

Vladimir Passeron : La main d’œuvre dans l’industrie est plus qualifiée que dans les autres secteurs, principal facteur de salaires en moyenne plus élevés dans l’industrie. Ils sont un peu moins diplômés du supérieur long mais davantage du supérieur court. L’industrie compte également plus de CAP et de BEP qu’ailleurs. Enfin, le secteur fait moins appel aux CDD que le tertiaire, mais a fortement recours à l’intérim (quatre fois plus que le secteur tertiaire).

L’industrie souffre d’une image assez « masculine ». Est-ce une réalité statistique ?

Vladimir Passeron : Oui. Parmi les personnes en emploi, 8,3% des femmes travaillent dans l’industrie. Le chiffre atteint 18,8% pour les hommes.

L’industrie cherche à être de plus en plus verte. Cette intention se traduit-elle en termes d’emploi ?

Vladimir Passeron : Nos enquêtes montrent que les dépenses de l’industrie pour protéger l’environnement progressent. Il semble logique que cela se traduise aussi en termes d’emploi mais nous n’avons pas de données sur le sujet.

De manière générale, les entreprises de l’industrie rencontrent-elles des difficultés à pouvoir les postes ouverts ?

Vladimir Passeron : Nos enquêtes de conjoncture montrent que l’industrie n’est pas épargnée par les difficultés de recrutement, au même titre que les autres grands secteurs d’activité. De manière générale, les entreprises ont bien plus de difficultés à recruter qu’il y a deux ou trois ans. Pour une faible part d’entre elles, l’insuffisance de personnel a même un impact limitant sur la production.

Comment l’expliquent-elles ?

Vladimir Passeron : Interrogées sur les freins à l’embauche, les entreprises de l’industrie qui y font face citent d’abord l’indisponibilité d’une main d’œuvre compétente (38 %). Cela n’est pas le cas de tous les sous-secteurs, certains citant davantage l’incertitude économique comme frein à l’embauche. Il faut garder en tête que l’industrie est un milieu hétérogène : l’agro-alimentaire n’est pas nécessairement dans la même phase conjoncturelle que l’industrie aéronautique par exemple.