Comment redorer le blason de l'industrie ? Réponse avec Sébastien Gillet, directeur du salon Global Industrie

Comment redorer le blason de l'industrie ? Réponse avec Sébastien Gillet, directeur du salon Global Industrie

Sébastien Gillet est directeur de division des salons professionnels GL Events Exhibitions et directeur du salon Global Industrie. Ce salon a réuni presque 2300 exposants et accueilli plus de 40 000 visiteurs. Le but de Global Industrie : redorer le blason du secteur et attirer de nouveaux talents.

Le salon Global Industrie a réuni pour la première fois quatre salons existants. Quelles raisons ont motivé ce rassemblement ?

Sébastien Gillet : En octobre 2015, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie et des Finances, souhaitait créer un grand rassemblement de l’industrie. GL Events étant propriétaire de deux des quatre salons réunis, nous avions toute la légitimité pour nous positionner et faire l’acquisition des deux autres pour développer un ensemble cohérent et en phase avec tous nos marchés.

Ce grand rassemblement n’aurait pas pu avoir lieu il y a dix ou vingt ans, mais depuis deux ans, le marché est porteur, et surtout il y a une véritable volonté politique de redonner du poids à l’industrie en France.

Quelles sont les ambitions des salons Global industrie ?

Sébastien Gillet : Nous avons pour ambition de devenir un rendez-vous incontournable au niveau européen, de donner une meilleure image de l’industrie, de faire preuve de pédagogie et d’intéresser davantage le grand public pour attirer des jeunes talents.

Dans l’industrie, il y a beaucoup de projets, mais certains métiers sont en tension. D’autres n’existent pas encore. Et c’est dès le collège et le lycée qu’il faut sensibiliser le jeune public aux opportunités de carrière qu’ils peuvent rencontrer dans l’industrie.

Le salon de mars dernier a mis l’accent sur l’Industrie du futur. De quoi s’agit-il exactement ?

Sébastien Gillet : L’industrie du futur représente à la fois une modernisation des outils de production mais aussi des organisations et des mentalités. Toutes les entreprises, qu’elles soient grandes ou petites, devront travailler sur ces deux aspects car l’investissement ne peut pas être que financier : c’est aussi et surtout une question de culture d’entreprise et d’humain.

Sur ce point, nous sommes en retard en comparaison de nos voisins européens, l’Italie et l’Allemagne notamment. La nouvelle génération peut nous permettre de monter les marches deux par deux, et non une par une comme nous le faisons actuellement.

Comment expliquez-vous ce retard ?

Sébastien Gillet : L’industrie n’a pas été une priorité en France pendant presque trente ans. De plus, le secteur souffre d’une image déplorable. Qui ne connaît pas l’adage « Si tu ne travailles pas bien à l’école, tu finiras à l’usine » ? Les parents ont préféré, depuis plusieurs décennies, préparer leurs enfants à des métiers dits « intellectuels », sauf que les opportunités dans l’industrie sont tout aussi stimulantes et beaucoup plus nombreuses.

A côté de ça, il y a eu du retard dans l’investissement. Pour un robot en France, on en dénombre trois en Italie et cinq en Allemagne. Cette robotisation, loin de remplacer des emplois, en crée de nouveaux et augmente le niveau de qualification générale.

Une prise de conscience s’est faite il y a environ quatre ans. Les mentalités sont en train de changer, les pouvoirs publics prennent le problème au sérieux et s’investissent.

« L’usine connectée » devait répondre aux challenges de réalité augmentée, de maintenance prédictive, de digitalisation de la production et de customisation. Pourquoi avoir choisi ces quatre axes en particulier ? Comment les entreprises les adressent-elles au quotidien ?

Sébastien Gillet : Nous avons en effet recréé une usine au cœur d’un salon, c’est une première ! En général, il faut environ un an pour réaliser un tel effort, nous l’avons fait en quinze jours grâce au travail de quatre-vingt entreprises et d’un cabinet d’étude. L’usine en question permettait de créer des médailles olympiques personnalisables, ce qui pour nous était un bon exemple du virage que doit prendre l’industrie. Aujourd’hui, les consommateurs cherchent à avoir des produits uniques. La digitalisation et la maintenance prédictive permettent une gestion de la production en temps réel, voire avec un coup d’avance.

Cette usine connectée a donné une belle image de l’industrie d’aujourd’hui, aux jeunes comme aux industriels.

Comment les entreprises présentes au salon, et de manière générale, se préparent-elles à la numérisation ? Quelles différences selon les secteurs ?

Sébastien Gillet : Il faut faire une distinction entre les fournisseurs d’équipement et leurs sous-traitants, car ce sont deux métiers très différents. Les sous-traitants sont souvent, à tort, considérés comme une industrie d’« hier », alors que sans eux, celle du futur n’existerait pas. Ce sont eux qui, avec leurs savoir-faire de haut niveau, construisent les machines, les pièces, les robots…

Aujourd’hui, le collaboratif semble l’emporter. Les consommateurs étant à la recherche de produits de plus en plus personnalisés, les cahiers des charges sont uniques et difficilement transposables d’un client à l’autre. Les grands groupes, dont l’innovation fait partie de l’ADN, tirent ainsi les sous-traitants vers le haut.

L’industrie peine à attirer de nouveaux talents. Quelles sont les stratégies des entreprises exposantes pour remédier à cette problématique ?

Sébastien Gillet : Chaque entreprise met en place sa propre stratégie. Toutes ne le font pas, car c’est une démarche qui a un coût. En plus d’interpeller les jeunes, nous leur conseillons de s’adresser également à leurs parents, leurs professeurs et leurs conseillers d’orientation, par des stages, des journées portes ouvertes…

Faire parler les jeunes déjà présents dans l’industrie est aussi pertinent, car ce sont les exemples les plus parlants.

Le salon a dédié 1 500 m2 à un campus où recruteurs et futurs collaborateurs pouvaient se rencontrer. Pourquoi avoir mis l’accent sur la formation et l’enseignement ?

Sébastien Gillet : Ce sont des volets très importants. On les laisse un peu dans la nature, sans les préparer à la réalité du travail. Nous souhaitions ajouter notre contribution. Nous avons notamment mis en place un espace de coaching, pour préparer les jeunes à un entretien d’embauche, leur apprendre à se vendre.

L’une des séances de coaching avait pour thème « Garder le lead et mieux driver sa carrière ». Cette problématique est-elle essentielle dans l’industrie ?

Sébastien Gillet : Le marché du travail évolue très vite. Cette affirmation est encore plus vraie dans l’industrie. Il faut sensibiliser très tôt les jeunes générations à la nécessité de faire de la veille sur leurs métiers, sur les machines qu’ils utilisent… Une réelle culture de la curiosité peut leur permettre de ne pas être dépassés et de garder la main sur leur carrière.