Futur du travail : la fin des carrières linéaires

Futur du travail : la fin des carrières linéaires

Jean Flamand est socio-économiste à France Stratégie, une institution rattachée au Premier ministre. Ses travaux portent sur la mobilité et les inégalités sur le marché du travail. Dans le cadre de notre série sur le futur du travail, il nous apporte un regard éclairé sur la discontinuité des parcours professionnels.

Quels facteurs entraînent la fin des carrières linéaires ?

Jean Flamand : Les transformations économiques et la montée du chômage entamées à la fin des années 1970 expliquent en partie la fin des carrières linéaires. Le premier facteur reste le développement massif des contrats à durée limitée dont le recours aux CDD, notamment très courts. Nous nous rendons compte que les flux d’embauches (85 % sont des CDD) concernent en réalité toujours les mêmes personnes.

La fin du modèle de carrière relativement stable n’est-il pas déjà révolu depuis longtemps ?

Jean Flamand : Le modèle du salarié en CDI à temps plein dans la même entreprise pendant toute sa carrière est mis à mal depuis le milieu des années 1980. Les transitions par le chômage sont devenues beaucoup plus fréquentes. Les actifs connaissant une transition professionnelle étaient 12% dans les années 1980, ils sont 16% aujourd’hui. Cette hausse est pour partie liée à un recours important aux contrats à durée limitée dans les années 1990.

Quels sont les avantages et les inconvénients d’une vie professionnelle plus discontinue ?

Jean Flamand : Il faut d’abord savoir si cela provient d’un choix de l’individu ou si la discontinuité est subie. Pour les jeunes diplômés du supérieur par exemple, changer d’entreprise est synonyme d’un gain de salaire et d’une insertion professionnelle plus rapide. Pour les seniors, la donne est toute autre : une perte d’emploi en fin de carrière suite à un licenciement économique entraîne souvent un chômage de longue durée. Et le retour à l’emploi implique la plupart du temps une perte de salaire nette.

Certaines études mettent en avant le fait que nous aurons 4 à 5 carrières au cours de notre vie, d’autres vont jusqu’à 10. Qu’en pensez-vous ?

Jean Flamand : Les aspirations des jeunes générations ne sont plus les mêmes qu’avant. Leur rapport à l’entreprise est ambivalent. D’un côté, ils restent très attachés au CDI qui procure une meilleure couverture sociale. De l’autre, ils ne souhaitent plus forcément faire carrière chez le même employeur. Pour eux, le sens du travail et l’enrichissement personnel sont très importants. On constate également une appétence pour les périodes hors travail pour faire de l’associatif ou partir à l’étranger, ce que les générations passées faisaient moins.

Ce rapport moins affectif au monde de l’entreprise s’explique avant tout par le fait que les jeunes générations évoluent dans un contexte économique et social différent. Elles n’ont par exemple pas connu le plein emploi.

Quels conseils pour ne pas se perdre dans ses différentes transitions ?

Jean Flamand : Le fait d’avoir un diplôme du supérieur reste un déterminant fort d’une carrière professionnelle stable. Les employeurs restent en effet très attachés au niveau de formation mais ils accordent aussi de plus en plus d’importance aux compétences, notamment transversales. Le développement et la valorisation de ces compétences est devenu primordial pour construire sa carrière professionnelle.

La fin des carrières linéaires entraînera-t-elle celle du plafond de verre ?

Jean Flamand : En matière d’égalité professionnelle les changements sont lents. Bien que l’accès des femmes au monde du travail ait progressé, elles restent encore exclues des positions et des rémunérations les plus élevées. Aujourd’hui, le CAC 40 est dirigé par 39 hommes et une seule femme. Ce chiffre en dit beaucoup.