Business o'féminin : Bénedicte de Raphélis Soissan - avec Clustree, elle veut révolutionner les RH

Business o'féminin : Bénedicte de Raphélis Soissan - avec Clustree, elle veut révolutionner les RH

Après des débuts dans le conseil pendant 4 ans, Bénédicte de Raphélis Soissan a envie de changer de job mais venant d’un univers très généraliste, elle hésite sur son prochain “job” et décide de regarder ce qu’ont fait d’autres avec les mêmes compétences et le même parcours. C’est là que naît l’idée de Clustree, une solution d’aide à la décision pour les ressources humaines pour laquelle elle vient de lever 2,5 millions d’euros et qui a déjà conquis de grands groupes. Rencontre.

Comment est né Clustree?

Bénédicte de Raphélis Soissan : Après quatre ans dans le conseil, j’ai eu envie de changer de job. J’ai donc décidé d’analyser les profils de personnes qui avaient les mêmes parcours que moi pour identifier quels pouvaient être les prochains jobs pour moi, c’est comme cela qu’est née l’idée de Clustree. En effet, je me suis dit pourquoi cette recherche que je fais sur 500 profils, les ressources humaines ne les feraient pas et ne s’inspireraient pas de la réalité de millions de parcours professionnels pour gérer les carrières et les recrutements. J’ai donc arrêté mon projet de recherche de boulot et transformé cela en projet d’entreprise.

Avez vous toujours eu envie d’être entrepreneure?

Bénédicte de Raphélis Soissan : Je n’ai pas vécu dans un environnement d’entrepreneurs mais j’avais un père que j’ai toujours vu passionné par son métier et une mère artiste qui m’a transmis sa créativité. Pourtant, je n’ai jamais chercher comme certains une idée coûte que coûte pour entreprendre, je me suis toujours dit qu’un jour un projet s’imposerait à moi.

Vous avez un goût du risque ?

Bénédicte de Raphélis Soissan : Je ne me mets jamais de barrières. Je pense qu’avec du potentiel et quand on est vraiment convaincu on peut y arriver. Je suis une vraie optimiste et une vraie enthousiaste et je consacre toute mon énergie à ce que les choses fonctionnent.

En quelques mots qu’est ce que Clustree ?

Bénédicte de Raphélis Soissan : Clustree est la première solution qui va utiliser et capitaliser sur la réalité de parcours professionnels internes mais aussi externes à l’entreprise. Cette réalité de million de parcours professionnels sur tous les secteurs d’activités va aider les décisions de ressources humaines car elles sont basées sur un discours de preuve. Aujourd’hui, les RH sont une fonction intuitive, ils n’ont pas de données sur lesquelles baser leurs décisions. Ils ont pourtant de nombreux challenges comme un turnover grandissant, des talents qui partent, de nouveaux métiers dans le digital qui émergent, une internationalisation des recrutements. Notre partie pris est de fournir aux RH, un discours de preuve. C’est une véritable aide à la décision.

C’est le big data adapté aux RH, est ce la fin des ressources humaines ?

Bénédicte de Raphélis Soissan : Nous avons vocation à disrupter le modèle des ressources humaines car elles vont pouvoir s’affranchir complètement de la partie amont, c’est à dire la recherche des éléments de décisions, pour se consacrer uniquement sur l’humain. Cela va aussi disrupter la manière dont on fait du recrutement car il va y avoir un vrai focus sur l’interne. Les ressources humaines ne seront plus forcées d’aller chercher des gens en externe alors qu’elles les ont souvent en interne. Clustree va aussi éviter le clonage. Nous voulons montrer que les référentiels métiers qui enferment les gens dans leurs compétences ou leurs fonctions ne sont plus valables. Ces changements vont permettre aux RH d’avoir plus de poids auprès des managers ainsi que sur un plan stratégique.

Quelles données analysez vous ?

Bénédicte de Raphélis Soissan : Nous analysons une centaine de critères - parcours, formation, expériences diverses, entreprises, descriptifs des missions, soft skills, niveaux de salaires, évaluations etc..

Combien de profils avez vous à ce jour ?

Bénédicte de Raphélis Soissan : Aujourd’hui, nous avons 50 millions de profils publics entre le web et les données de nos clients.

Jusqu’à quel point ces analyses sont-elles pertinentes ?

Bénédicte de Raphélis Soissan : Aujourd’hui nous arrivons à trouver pour chaque salarié, une cinquantaine de suggestions de postes. Dans 75% de ces suggestions, elles sont à plus de 80% pertinentes.
On se rend compte que sur les suggestions de postes que l’on pousse pour l’instant aucun utilisateur RH n’a eu besoin de rajouter des suggestions. Ils ont pour l’instant fait des propositions à leurs salariés sur la base du top 10 qu’avait fait Clustree.

Un salarié peut-il se voir proposer un poste dans lequel il n’a aucune compétence, autrement dit êtes vous dans le “Talent Management” ?

Bénédicte de Raphélis Soissan : Oui nous avons une interface salarié dans laquelle celui-ci voit automatiquement les suggestions de postes dans l’entreprise. Nous avons déjà eu des cas où nous avons proposé des postes dans la communication à des commerciaux, dans le business développement à des RH etc…
Nous faisons effectivement du “Talent management” dans le sens du développement des talents car nous ne basons pas uniquement les suggestions sur les compétences et c’est ce qui fait que nous pouvons ouvrir d’autres perspectives aux salariés.

Les générations Y et Z ne rêvent plus de grosses boites, comment peut-on les inciter à rester dans ces entreprises ?

Bénédicte de Raphélis Soissan : C’est vrai que les jeunes ne veulent plus rester dans les grandes entreprises car ils ont l’impression que leur carrière est toute tracée, qu’ils vont évoluer tous les trois ou quatre ans et qu’ils savent déjà où ils seront dans 15 ans. Clustree joue la dessus en disant que tout est possible, c’est un moyen d’inciter la jeune génération à rester en entreprise en lui montrant qu’il y a un champ des possibles. Les jeunes ne rêvent plus des grandes entreprises du fait de leur culture très “process”. Aujourd’hui, ces entreprises ont vraiment envie de plus adopter cette culture start-up or le fait de travailler avec des starts ups comme Clustree leur permet de développer une culture plus agile.

Quelle est votre vision des Ressources Humaines à l’horizon des 5-10 ans ?

Bénédicte de Raphélis Soissan : Les deux prochaines révolutions vont être la “dataification” de la fonction RH. Beaucoup de la réussite d’une entreprise repose sur la gestion des ressources humaines. Les décisions RH peuvent faire qu’une entreprise va performer ou sera en déclin. Avec tous les métiers qui changent et l’obsolescence des compétences, les RH auront un rôle stratégique.

La seconde évolution que je vois est que les ressources humaines vont être au centre des révolutions de demain. Aujourd’hui, on parle de digital mais la digitalisation de l’entreprise passe en premier lieu par les ressources humaines car elles vont permettre de recruter des personnes qui ont des compétences digitales. Elle ne sera plus une fonction support mais devrait être dans le futur au coeur du business.

Vous venez de lever 2.5 millions auprès d’Alven capital et d’autres business angels historiques et nouveaux comme Nicolas Buisson de Blablacar, quels sont vos projets et vos ambitions ?

Bénédicte de Raphélis Soissan : Le premier projet est de consolider une position de référence sur le marché français dans le secteur de la data appliquée aux ressources humaines pour l’aide à la décision. Nous avons besoin pour cela de doubler nos effectifs ressources humaines et R&D et notre seconde ambition est d’élargir le positionnement du produit à toutes les dimensions des ressources humaines, notamment au succession planning, au compensation and benefits et au project management.

L’international ?

Bénédicte de Raphélis Soissan : Nous avons ouvert un bureau à New York il y a deux mois et commençons à regarder le marché international avec beaucoup d’attention parce qu’il représente deux milliards de dollars sur le Talent management ce qui représente potentiellement pour nous 7000 entreprises clientes mais nous nous lancerons sur le marché américain lorsque nous serons devenus une référence sur le marché français.